Préhistoire :

L’histoire du peuplement du Vercors est indissociable de celle du climat et des glaciers. Les longues périodes glaciaires ainsi que le relief du massif et son accès difficile, ne permettaient pas aux hommes préhistoriques de se fixer durablement dans le Vercors avant le Néolithique qui correspond au début de la sédentarisation des hommes (à partir de 5000 ans avant le présent). Tout au long de la préhistoire (dans les Alpes de 500 000 à 1500 ans avant JC), l’Isère a été fréquentée, selon les périodes et les saisons, par des groupes alliant  chasse, cueillette et exploitation du silex puis agriculture et élevage (au Néolithique), sur les piedmonts, particulièrement en Chartreuse et en Vercors.

L’origine étymologique du toponyme Vercors vient de « Vertacomicorii » nom du peuple venu s’installer dans le massif à l’époque gallo- romaine.

 

Le Moyen- Age :

Le terme de Quatre Montagnes est apparu dès le Moyen- âge lorsque les seigneurs de Sassenage possédaient ces « montagnes » compris ici au sens d’alpages. Elles comprenaient  les paroisses de Lans, Villard de Lans, Autrans et Méaudre.

Les Quatre Montagnes sont divisées en deux mandements, Lans et Corrençon. Ce n’est qu’à partir de l’an mil qu’il est possible de dater une occupation humaine permanente sur le territoire des Quatre Montagnes. Proches ou non du château, les villages se créent autour des églises. Le seigneur assure la protection des personnes et des biens et rend la justice. Les paysans vivent dans une étroite dépendance économique et juridique avec le seigneur.                                                                                                Lans, St Nizier, Villard de Lans, Corrençon, Méaudre, Engins et Autrans appartiennent aux Quatre Montagnes qui elles- même forment un pays qui compose le Vercors au même titre que le Trièves, le Royans, les Coulmes, le Vercors- Central, le Diois,  et la Gervanne. Ces pays et communautés ont  développé très tôt des relations sociales et économiques contribuant à créer une identité et une unité au sein du massif du Vercors et de ses piémonts

En 1032, le Dauphiné passe sous la suzeraineté  de l’Empereur germanique Conrad le Salique. L’insécurité à cette époque est entretenue par  les différentes incursions étrangères qui se succèdent. En réponses à ces attaques et compte- tenu de l’absence de pouvoir, une aristocratie locale se met en place. C’est l’apparition des mottes castrales. A partir du XII ème siècle, les châteaux de pierre remplacent les fortifications de terre et de bois qu’ils font complètement disparaitre.

Le prieuré de Valchevrière, construit au XIIème siècle  et dénommé  ‘Prior vallis caprarie’, dépendant de l’ordre des Antonins, a donné lieu au hameau du même nom.

L’église paroissiale de Villard de Lans, dédiée à St Bonnet, évêque de Clermont (627-710) est citée dès la fin du XIIème siècle et fut peut- être dépendante du prieuré de Valchevrière. Son clocher, du début du XVIème siècle, de pierre blanche du pays, est orné à chaque angle de gargouilles d’aspect assez fruste figurant un chien, un sanglier, un ours, ainsi qu’une tête d’homme à coiffure médiévale.

 

Du XVIème et XVII ème siècles :

 La paroisse de Villard de Lans voit ses prérogatives, augmenter au XVIème siècle. Le commerce du bois et les cultures céréalières garantissant la plus grande part des revenus de la Baronnie de Sassenage.                                       Les guerres de religions qui ravagent plus particulièrement le Vercors drômois et la faillite des barons au cours  de la deuxième moitié du XVIIème siècle  entrainent la rupture des liens privilégiés entre Villard et Sassenage. Une nouvelle époque pour le village, dorénavant plus libre, va pouvoir commencer.

A la fin du XVIIème siècle il est fait mention de 900 communiants, donc catholiques, et 9 familles hérétiques, donc protestantes pour la paroisse de Villard de Lans. La proportion entre catholiques et protestants semble être la même  sur l’ensemble des Quatre Montagnes.

 

 La forêt :

La forêt recouvre plus de 60% du territoire du massif du Vercors qui est une des régions les plus boisées de France. L’une des principales activités du plateau reste l’exploitation forestière. Mais cette activité est loin d’être récente. Les grands défrichements s’amorcent à partir de l’époque médiévale et si les moines y ont largement participé, ce sont surtout les paysans, sous l’autorité des seigneurs laïques qui y ont le plus travaillé. L’activité forestière fournit en outre du bois aux artisans qui viennent s’approvisionner.

On rencontre alors des fendeurs, des cercliers, des couvreurs,  charpentiers, tonneliers, charrons, tourneurs, charretiers, vaniers… Durant des siècles une multitude d’acteurs vont se côtoyer et travailler, revendiquer leurs droits. Il y a plus de 5000 ans d’histoire  de présence humaine, que ce soit de simples cueilleurs, ou pour fournir en charbon de bois les industriels de la vallée. L’état de la couverture forestière, dévastée par la surexploitation pose problème et il apparait urgent au XVIII ème siècle d’inverser le phénomène.

La proclamation de la République est un événement de taille pour le Vercors car il oblige les forêts communales à se soumettre au régime forestier, sous l’autorité de l’administration des Eaux et Forêts. Au pays des Quatre Montagnes, cinq forêts communales existent : Autrans, Méaudre, Corrençon, Lans et Villard de Lans. « Le district Villard de Lans » comprend  deux communes supplémentaires, Engins et St Nizier qui ont leurs propres forêts. S’en suivront des litiges durant près d’un siècle entre Villard de Lans et le Vercors drômois  pour la forêt d’ Herbouilly et celle de Valchevrière, mais aussi entre Villard et Corrençon quand les deux communes se séparent en 1857, puis avec Méaudre accusée d’empiéter sur la forêt de Villard.

 

 La révolution et la déchristianisation :

Par décret du 15 novembre 1793, la municipalité villardienne décide de descendre les cloches de l’église et de seulement laisser une petite cloche pour appeler le Conseil des habitants, le jour du Décadi. Le 30 janvier  1794, à la suite de la fuite du baron de Sassenage, la municipalité dresse un bûcher et y brûle tous les titres seigneuriaux. L’église de St Bonnet est saccagée. Un grand incendie dévaste l’église  le 10 avril 1795. En 1803, une lettre stipule que l’église est en ruine et menace de s’écrouler.

La dispersion des biens seigneuriaux, permet l’investissement de certaines  familles issues des anciens notables du XVIIIème de tirer profit des nouveaux  liens avec les places financières. Le bourg de Villard de Lans se voit ceinturé de maisons de maîtres, propriétés de notaires ou de notables. La première école primaire fut inaugurée  en 1812.

 

La construction des routes :

 Depuis la préhistoire le massif est parcouru par les hommes. Au Moyen- âge, l’installation définitive des communautés entraine des échanges effectués grâce aux nombreux «Pas » ou cols situés entre 1100 et 1500 m qui permettent de franchir les falaises et d’accéder à la plaine , mais qui restent dangereux. Les liaisons intérieures sont rendues difficiles par le passage des  gorges de la Bourne et de la Vernaison. La pression des exploitants forestiers se fait sentir, il est temps de construire des routes plus praticables et plus sûres pour les habitants et les commerçants. C’est donc dans un mouvement général d’aménagement routier du territoire français que les routes sont progressivement construites. Elles sont ouvertes de Sassenage à Villard de Lans en 1827,  celle des gorges de la Bourne  en 1872, celle des Grand Goulets en 1854, de St Nizier du Moucherotte en 1875 etc. Dès 1900 c’est un réseau de 700km de routes qui sillonnent et désenclavent le Vercors.

 L’école à feu de Villard de Lans :

L’état- major de l’armée française constate la nécessité de rénover l’appareillage militaire et de spécialiser certaines troupes, en créant  des bataillons de chasseurs alpins dès 1888.

Le Vallon de la Fauge, suffisamment éloigné du bourg, répondait aux attentes des garnisons alpines locales. Plusieurs périodes de manœuvres ne dépassant pas 15 jours avaient lieu au printemps afin de ne pas gêner les travaux des champs.   Les chasseurs alpins cessent leurs  activités au champ de tir de la Fauge après la deuxième Guerre Mondiale.

 

Les premières activités touristiques et sportives du plateau :

 Ce sont les routes, une fois construites qui amènent les premiers touristes sur les routes vertigineuses durant la belle saison. Ils sillonnent le Vercors dans les ‘ Trains de plaisir ‘ ces grands véhicules décapotables et sont friands des  histoires relatant les exploits accomplis lors de leur construction.

Le développement progressif des sports d’hiver, que ce soit le ski, le bobsleigh et la luge doit beaucoup à la mise en place d’équipements sportifs par Tranquil Glénat, fondateur du syndicat d’initiative en 1905.

Le Tram qui relie depuis 1920 Grenoble à Villard de Lans a eu un rôle déterminant sur l’afflux des touristes hivernaux.

Les concours se multiplient ; les tremplins et les téléskis s’installent et bientôt quelques grandes figures villardiennes font leur apparition comme Albert Clot- Godard, Edouard Pouteil- Noble et André Blusset. Ces compétitions sont nombreuses et attirent beaucoup de grenoblois. Les techniques du ski et les équipements se modernisent et l’installation de l’électricité par Séraphin Achard- Picard en 1888 à Villard de Lans permettra à long terme l’installation des premiers télésièges. Ce développement si rapide est arrêté net avec la Seconde Guerre Mondiale. La commune de Villard de Lans décide en 1950 de concéder à la Société d’équipement de Villard de Lans (la SEVL)  les terrains de la future  station de ski ‘Cote 2000’ en vue de la mise en valeur de son domaine skiable qui ouvre en 1951. En 1983 on établit la liaison entre le domaine de Villard de Lans et celui de Corrençon qui s’est doté de remontées mécaniques et de télésièges. La SEVL devient donc la SEVLC. A la même époque les autres villages des Quatre Montagnes s’équipent également de remontées mécaniques plus modestes mais suffisantes pour l’accueil des touristes.

 

Le Climatisme :

C’est la tuberculose qui est à l’origine du développement des stations climatiques. On connait cette maladie depuis des siècles mais c’est avec la découverte du bacille de Kock en 1882 que ce « fléau » est reconnu scientifiquement.  En 1903 pour se prémunir contre la tuberculose, l’Association «  Œuvre de la préservation de l’enfance contre la tuberculose » est créée. Une vaste politique contre cette maladie se met en place. De nombreux ouvrages apparaissent dont un en 1913 annonce que « la tuberculose est curable ». C’est à partir de cette époque que les médecins préconisent «le bon air de la montagne » pour éviter la contagion, sans que cela soit vérifié. Les premiers sanatoriums naissent d’abord en Allemagne et en Suisse avant de faire leur apparition en France. Le Vercors apparait alors comme une forteresse idéale pour protéger « les enfants de la ville ».

Villard de Lans qui déjà à cette époque est un site touristique réputé accueille parmi ses touristes des tuberculeux. Lorsque le docteur Lelong, sous couvert de la création d’un préventorium, La Tremblay, construit un sanatorium, le maire de Lans en Vercors, Pierre Chabert, homme politique influent, soutenu par toute la population, réussit à mettre un terme au projet. Le décès de jeunes villardiens, sème l’inquiétude entrainant l’exclusion des tuberculeux à Villard de Lans car la crainte de la contamination est réelle.

La Tremblay est alors rachetée par la commune en 1926 et devient l’hôtel- établissement de l’Adret. C’est ainsi que pour palier à la perte de ce  tourisme aisé et au rejet des tuberculeux, la commune se spécialise dans l’accueil d’enfants délicats.

En 1926, Villard de Lans devient «Station d’altitude spécialisée pour le séjour d’enfants délicats et convalescents ». Pour remplir ces conditions, un comité  médical établit alors des certificats de non tuberculose et non contagiosité à toutes personnes devant séjourner à Villard de Lans. Le 21 août 1930, Villard de Lans obtient son classement comme Station climatique pendant 50 ans. Le succès est immédiat et les maisons d’enfants fleurissent un peu partout sur le plateau avec une concentration plus importante sur Villard de Lans.

La cure climatique  comporte un programme strict : Promenade en ski ou à pied pour une bonne oxygénation, cure de soleil ou héliothérapie, gymnastique alternée avec repos sur balcons, bonne alimentation et hygiène parfaite et un suivi médical rigoureux.

 

La Deuxième Guerre mondiale et le Maquis du Vercors :

La résistance en Vercors est née du mouvement Franc- Tireur. En mars 1941, Pierre Dalloz et l’écrivain Jean Prévost imaginent transformer le Vercors en «  Citadelle de la liberté ». Nombre de réfractaires au STO ou issus des chantiers de la  jeunesse (organisation qui remplace le service militaire) rejoignent le maquis. En février 43, le projet Dalloz devient le « Plan Montagnard », bientôt approuvé par De Gaulle et les Alliés. Le plan prévoit que le Vercors interviendrait au moment d’un débarquement dans le sud de la France. Les troupes aéroportées dans le massif prendraient les Allemands à revers avec l’aide des maquisards.

Le 21 juin 1944, 15000 hommes de la Wehrmacht sont lancés à l’assaut de la citadelle par le général allemand Pflum. En moins d’une semaine, le Vercors perd plus de 600 résistants et une centaine d’allemands sont tués. Les civils sont massacrés à Vassieux et à la Chapelle en Vercors, des maisons incendiées dans tout le massif.

Jamais le Plan Montagnard ne sera mis à exécution. Le secteur des Quatre Montagnes est moins touché que le sud du Vercors. Seuls St Nizier et Valchevrière sont détruits.

Mais le sentiment de trahison est unanime. Les maquisards n’ont pas tenu faute de coordinations, d’un armement suffisant, et au lieu de troupes aéroportées alliées prévues, se sont  celles des allemands parachutées de nuit portées par des planeurs au- dessus de Vassieux qui sont tombées  du ciel.

 

Valchevrière :

Le hameau de Valchevrière à 8 km de Villard-de-Lans, partiellement en ruine en 1944 abrite des maquisards. Les 22 et 23 juillet, au belvédère la bataille fait rage entre les troupes allemandes et les hommes du lieutenant Chabal. Ces derniers sont tués, les allemands lancent des grenades incendiaires dans le village. Seule la chapelle est épargnée. Il n’y a aucun

mort civil, les habitants (au nombre de 13 à cette époque), s’étant cachés alentours.

En 1948, le général De Gaulle rend visite à Villard de Lans et rendra hommage aux combattants du Vercors. Il tentera dans son discours  d’atténuer les sentiments d’abandon du Maquis et de la population par les Alliés.

 

Le lycée polonais :

Un lycée polonais s’installe à Villard de Lans en 1940 et jusqu’en 1946 dans l ’Hôtel du Parc et du château. C’est le seul établissement libre d’enseignement secondaire polonais en Europe occupée. Le lycée Cyprian Norwid est alors une école de résistance morale, culturelle, militaire. Les  départs clandestins pour Londres, les morts aux combats de Vassieux et la trentaine de déportés, ont laissé un fort souvenir et des liens puissant entre les anciens élèves polonais et les villardiens.

 

Les JO de Grenoble, un propulseur pour les stations des Quatre montagnes :

Le 28 janvier 1964, à Innsbruck le Comité International Olympique confie les Jeux  Olympiques d’Hiver à Grenoble. Ces Xèmes Jeux se dérouleront du 6 au 18 février 1968 dans la Ville et les stations du Dauphiné : Chamrousse pour les épreuves alpines, Autrans pour les épreuves nordiques, Villard de Lans pour la luge, St Nizier du Moucherotte pour le saut de 90m, l’Alpe d’Huez pour le bobsleigh, et Grenoble pour toutes les épreuves de patinages.

En 1959 Villard organisait déjà les 4èmes championnats du monde de luge. Il est donc normal que la station du Vercors « berceau de la luge en France » soit choisie pour accueillir les lugeurs olympiques. Avant 68, Autrans était pionnier de l’introduction du ski de fond en France en installant le premier foyer de fond. Village Olympique, pistes de fond et nouveaux hôtels  changent le destin de la petite commune  et lancent la station. A St Nizier est construit le plus beau tremplin du monde au pied du rocher des Trois Pucelles. Le site a pu accueillir 70 000 spectateurs lors des Jeux.

Grace aux nouvelles installations, routières, sportives, à l’agrandissement du parc hôtelier et des logements permanents et secondaires, les  Jeux Olympiques ont transformé les villages du canton qui ont grandi en population et se sont développés en

multipliant leurs prestations d’hiver et d’été et en diversifiant leurs activités.